Voir un couple heureux, une amie qui se marie, un frère qui réussit : cela peut réveiller en nous deux sentiments très différents. L'islam les distingue avec précision, et cette distinction change la manière de vivre le bonheur des autres.
La ghibta : vouloir la même chose
La ghibta, c'est souhaiter avoir soi aussi un bien semblable à celui d'un autre, sans vouloir qu'il le perde. Elle est permise, et même louable quand elle porte sur le bien. Le Prophète ﷺ a dit : « Il n'y a d'envie légitime que dans deux cas : un homme à qui Allah a donné des biens et qui les dépense dans le bien, et un homme à qui Allah a donné la sagesse et qui en juge et l'enseigne » (al-Bukhârî, n° 73 ; Muslim, n° 816).
Fâtima bint Qays raconte que le Prophète ﷺ lui conseilla d'épouser Usâma ibn Zayd. Elle hésita, puis accepta. « Allah y mit beaucoup de bien, dit-elle, et l'on m'envia pour ce mariage » (Muslim, n° 1480). C'était une envie saine, née d'un bonheur visible.
Le hasad : vouloir que l'autre perde
Le hasad, c'est souhaiter que l'autre perde son bien, qu'on veuille le prendre ou non. Il est interdit : « Ne vous enviez pas, ne vous détestez pas, ne vous tournez pas le dos » (al-Bukhârî, n° 6065 ; Muslim, n° 2559). Les commentateurs rappellent que ce fut la première faute commise au ciel et sur terre : celle d'Iblîs envers Adam, puis celle de Caïn envers Abel.
Une pensée qui passe n'est pas un péché
Un mauvais souhait peut traverser l'esprit malgré soi. « Allah a pardonné à ma communauté ce que leur âme leur suggère, tant qu'ils ne le mettent pas en acte ou en paroles » (al-Bukhârî, n° 5269 ; Muslim, n° 127). Ce qui compte, c'est ce qu'on en fait : repousser la pensée quand elle revient, et ne jamais la laisser devenir parole, intrigue ou action.
Aimer pour son frère ce qu'on aime pour soi
« Aucun de vous ne croit vraiment tant qu'il n'aime pas pour son frère ce qu'il aime pour lui-même » (al-Bukhârî, n° 13 ; Muslim, n° 45). Cela ne demande pas de renoncer à tout. Deux personnes peuvent souhaiter la même chose, et chacune espérer l'obtenir. Mais on ne cherche pas à défaire le bonheur d'un autre : une femme ne manœuvre pas pour séparer un homme de son épouse, et un homme ne fait pas sa demande à une femme qui a déjà accepté celle d'un autre (al-Bukhârî, n° 5142 ; Muslim, n° 1412).
À retenir
- Souhaiter le même bien que l'autre est permis ; souhaiter qu'il le perde est interdit.
- Une pensée qui passe n'est pas un péché ; l'entretenir ou l'exprimer l'est.
- Se réjouir du bonheur des autres rend plus heureux que de le leur disputer.
Références
- Sahîh al-Bukhârî, n° 13 ; Sahîh Muslim, n° 45 (aimer pour son frère).
- Sahîh al-Bukhârî, n° 73 ; Sahîh Muslim, n° 816 (l'envie légitime).
- Sahîh Muslim, n° 1480 (Fâtima bint Qays).
- Sahîh al-Bukhârî, n° 6065 ; Sahîh Muslim, n° 2559 (ne vous enviez pas).
- Sahîh al-Bukhârî, n° 5269 ; Sahîh Muslim, n° 127 (les pensées pardonnées).
- Sahîh al-Bukhârî, n° 5142 ; Sahîh Muslim, n° 1412 (la demande sur la demande d'autrui).
- Synthèse inspirée de l'article « La différence entre la ghibta et le hasad », La maison de l'islam (maison-islam.com).



