Dans un couple comme dans une famille, on se blesse. La question n'est pas de savoir si l'on aura à pardonner, mais comment. Un verset du Coran propose un chemin en trois marches : « Si vous passez sur leurs fautes, si vous tournez la page et si vous pardonnez, Allah est certes Pardonneur et Miséricordieux » (Coran 64:14).
Trois mots, trois degrés
Le Coran emploie ici trois mots différents. Les commentateurs en tirent une progression.
Le 'afw : ne pas sanctionner la faute, même si l'on exprime encore un reproche. C'est le premier pas.
Le safh : tourner la page, ne plus sanctionner et ne plus reprocher, même si le cœur n'a pas encore tout oublié.
Le ghafr : pardonner jusque dans son for intérieur, ne plus en vouloir du tout. C'est le degré le plus élevé.
Chaque marche a sa valeur. On n'est pas hypocrite parce qu'on a passé sur une faute sans l'avoir encore effacée de son cœur : on est en chemin.
Le pardon d'Abû Bakr
Mistah, un parent pauvre qu'Abû Bakr aidait chaque mois, avait participé à la calomnie contre 'Â'icha, la fille d'Abû Bakr. Blessé, Abû Bakr jura de ne plus l'aider. Allah révéla alors : « Qu'ils pardonnent et tournent la page. N'aimez-vous pas qu'Allah vous pardonne ? » (Coran 24:22). Abû Bakr répondit : « Si, par Allah, j'aime qu'Allah me pardonne », et il reprit son aide (al-Bukhârî, n° 4750).
Pardonner est un don, pas une obligation
Celui qui a été lésé a le droit de demander réparation : c'est la justice. Renoncer à ce droit est une faveur, et elle est récompensée : « Celui qui pardonne et réconcilie, sa récompense incombe à Allah » (Coran 42:40). Pardonner ne veut pas dire tout accepter : face au danger, se protéger reste un droit.
Et quand c'est nous qui avons blessé
« Celui qui a commis une injustice envers son frère, qu'il s'en libère aujourd'hui, avant le jour où il n'y aura plus ni or ni argent » (al-Bukhârî, n° 2449). Le Prophète ﷺ a décrit le véritable ruiné : celui qui arrive avec des prières et des jeûnes, mais qui a insulté, calomnié et frappé, et dont les bonnes actions sont données à ses victimes (Muslim, n° 2581). Demander pardon à ceux qu'on a blessés fait partie de la foi.
À retenir
- Le pardon a trois degrés : passer sur la faute, tourner la page, effacer du cœur.
- Pardonner est une faveur récompensée ; se protéger reste un droit.
- Réparer ses propres torts est aussi important que pardonner ceux des autres.
Références
- Coran 24:22 ; 42:40 ; 64:14.
- Sahîh al-Bukhârî, n° 4750 (le pardon d'Abû Bakr) et n° 2449 (se libérer de ses torts).
- Sahîh Muslim, n° 2581 (le véritable ruiné).
- Synthèse inspirée des articles « Quelle est la différence entre les termes 'afw, safh et ghafr ? » et « Pardonner à celui qui a commis une injustice à notre égard », La maison de l'islam (maison-islam.com).



